Une sainte méconnue

Nous sommes allés à la pêche, et nous avons retrouvé cette lettre adressée par Bernard Laurent à Pascal Duplessis à la suite d’une mémorable sortie mythologique à Chartres le 16 mai 1999.

Nous avions en effet découvert, tout près de Gasville, un curieux toponyme qui avait lancé notre ami sur une enquête hagiographique à propos d’une sainte encore peu étudiée.

Voici le texte de cette lettre :


Cher Ami,

J'ai eu le bonheur de faire exhumer et diligemment traduire ce texte dont vous soupçonniez l'existence et que vous désiriez tant de lire.

La traduction, due au P. de La Roche-Tuyère, o.s.b., et que j'ai chargée plutôt qu'enrichie, sans doute, de quelques notes, en est rigoureuse; ce qui est un exploit quand on considère l'état assez piteux dans lequel nous parvient ce manuscrit datable du XIIIes.

Ecrit sur parchemin réglé à l'encre rouge, sans retrait d'alinéa ni réserve en attente de lettrines, le texte, en latin un peu lourd mais non dépourvu de correction ni dénué de savoir lettré, est tracé d'une main manifestement inexperte aux élégances ordinaires des copistes (plusieurs ratures et une fournée de petits pâtés), ce qui donne à croire que nous tenons là une copie de travail, sinon celle de l'auteur même.

Ce précieux monument était enfermé dans un cocon de poussière avec un incroyable monceau d'autres paperasses et huit douzaines complètes d'antiques jupons en lambeaux sur le toît d'une armoire à vingt-et-une colonnes, haute comme un arc de triomphe, à l'office, chez les bonnes moniales de Saint-Frigoussin-sur-la-Savoureuse en Vieille Bourgogne ; réserve, de l'aveu de la sœur cellerière, de vieux papiers ou choses assimilées (du vélin !) de laquelle on tirait encore il y a peu, sans vaine curiosité, de quoi couvrir les pots de confitures. La conserve industrielle ayant eu raison de l'artisanat monastique, voilà une Vita sauvée in extremis du désastre et des taches collantes du péché de gourmandise claustrale.

Nous ne devons qu'à mon cher et respectable ami Jean Rumain et à ses accointances de jeunesse avec un célèbre gentleman cambrioleur, antiquaire, détective, sauveur de demoiselles, philosophe, "et autres lieux", d'avoir si vite réussi dans cette quête de l'impossible, non sans quelques visites domiciliaires... pieuses, bien entendu.

Tel est donc l'opuscule que je vous livre. Si vous le faites circuler, que ce soit aux mains de personnes dévotes, d'âge mûr et de sens rassis, car on peut craindre qu'aux yeux de lecteurs frivoles plusieurs passages, dont la leçon même n'est pas sûre, ne soient tournés à la polissonnerie au lieu de la sainte intelligence à laquelle on doit toujours s'efforcer dans les ouvrages ainsi tombés d' En-Haut.

Bien amicalement vôtre, en S.M.F., en toutes choses célestes, et en notre grande "petite martyre".

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